
Lors du festival international des jeux de Cannes 2023, j’ai pu rencontrer Sarah Favaron qui m’a présenter le studio et les jeux access+ du distributeur Asmodee.
Il faut savoir qu’il y a 15% de la population mondiale qui est touchée par le trouble cognitif une fois dans sa vie.
Pour découvrir Asmodee, vous pouvez lire leur interview « Les confidences ludiques d’Asmodee »
Vous pouvez retrouver le studio access+ sur leurs réseaux :
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis Sarah Favaron, directrice du studio Access+. Je me suis tourné vers le jeu de société en 2019 après des études en littérature et en développement de l’enfant. Aujourd’hui en charge du développement des jeux adaptés Access+, je m’attache avec mon équipe à rendre le jeu plus accessible à chacun, plus particulièrement aux personnes vivant avec des troubles cognitifs.

Peux-tu me présenter Access+ ?
Access+ est un studio qui appartient à Asmodee. Le studio où je travaille fait également parti du département de recherche et développement chez Asmodee.
Nous soutenons la recherche scientifique autour du jeu de société. Cela existe déjà pour le jeu vidéo, savoir les bienfaits et leur apport, mais au niveau du jeu de société, cela n’existe pas encore énormément. Nous finançons les chercheurs en thèse, en ce moment, nous avons trois étudiants qui travaillent avec nous en étant à 30% chez nous et à 70% sur leurs thèses. C’est comme cela que nous finançons les recherches.
En plus, nous organisons des tables rondes ou des colloques, pour que ces personnes qui font de la recherche puissent se rencontrer. Nous avons des appels à projets tous les ans pour que nous puissions financer entre dix et quinze projets de chercheurs autour du jeu de société. L’un des premiers chercheurs, c’est le professeur Philippe Robert, il est professeur de psychiatrie à Nice, il travaille avec des personnes qui ont des troubles cognitifs et il se demandait si le jeu de société ne pouvait pas les aider à vivre mieux si nous les adaptions pour les rendre accessibles.
Nous, en étions persuadés que cela pouvait les aider mais avoir des études scientifiques chiffrées et solides permettent de le confirmer. Les résultats étaient incroyables, même au-delà de ce qu’on espérait. En effet, il y a effectivement les différentes sollicitations des besoins, mais les jeux permettent de créer du lien social, ce qui peut être compliqué lorsque nous sommes en situation de handicap. Lorsque l’on joue, nous sommes à la table comme les autres et nous profitons des moments avec ses proches.

Es-tu en lien avec tes collègue d’Asmodée ?
Oui, tout à fait. Nous sommes dans les mêmes locaux. Moi, je suis Asmodee la partie studio, donc nous nous voyons avec tous les studios et nous échangeons des informations sur ce qu’on fait.
Je suis également en relation avec toutes les filiales de distribution Asmodee, avec Asmodée France, c’est plus facile, mais aussi beaucoup avec Asmodee Corée, Pologne ou Espagne, qui plus particulièrement lance Access+ cette année. Je les accompagne aussi en discutant par mail s’ils ont besoin d’éléments pour communiquer ou besoin d’informations.
Leur objectif est de reprendre les jeux que nous avons édités pour pouvoir les traduire. Environ deux fois par an, nous proposons les jeux qu’on fait à l’ensemble de l’équipe commerciale. Ils peuvent également avoir des sollicitations dans leurs pays qu’ils nous font remonter.
Mes jeux de base, je les fait en anglais et mes experts sont partout dans le monde, cela peut être le Canada, l’Angleterre, en Corée et il y en a beaucoup en France. Nous travaillons pour que le jeu soit le plus universel possible.
Quand est-ce que sont sortis les premiers jeux ?
L’annonce du studio a été faite en mai 2022 pour que les premiers jeux sortent en octobre 2022. Cela fait un peu plus de trois ans que nous travaillons dessus.

Comment choisis tu les jeux à adapter ?
Chez Asmodee, ce n’était pas la volonté première de faire des jeux adaptés pour les personnes touchées avec des troubles cognitifs, c’est la recherche scientifique qui nous a apporté l’idée donc nous continuons avec cette rigueur.
Pour choisir les jeux, c’est toute une discussion avec mon équipe, en effet, je travaille avec une vingtaine de personnes qui sont des experts dans leurs domaines en passant par la santé, l’éducation et le développement. Je fais une première pré-sélection ensuite, les experts regardent et on se met d’accord sur celui qui est le plus intéressant.
On les sélectionne sur trois critères. L’adaptabilité, parce qu’il y a des jeux qui seraient formidables, mais qui sont impossibles à adapter. Le deuxième critère, c’est les fonctions qui sont sollicités par le jeu, de manière à que ce soit intéressante pour les personnes qui jouent. Le dernier point qui est venu plus tardivement est la notoriété du jeu, en effet, je me suis rendu compte qu’en faisant des tests les jeux que les enfants connaissent, ils peuvent le présenter à leurs parents/grands-parents pour jouer ensemble.

Comment adapter vous les jeux ?
La première étape est d’échanger avec les experts pour mettre en évidence ce qui va mettre le plus en difficulté. Par la suite, nous testons le jeu ce qui va amener à des adaptations. Les 6 à 9 mois suivants, nous allons tester les prototypes sur place avec les professionnels et nous allons regardons ce qui marche ou ce qu’il y a à modifier. Selon les remontées suite aux différents tests, nous adaptons le prototype jusqu’à qu’il n’y ait plus de difficultés quand le jeu arrive sur le marché.
Les jeux sont testés dans différents établissements de santé comme dans les EHPAD ou les écoles donc ils sont testés bien avant l’arrivée en boutique classique.
Les auteurs nous ont accompagnés dans l’élaboration des jeux. D’une manière générale, les auteurs ont été très positifs. Ils trouvent que c’est une bonne chose que le jeu puisse être accessible à chacun. Nous avons également travaillé avec les mêmes illustrateurs.
Qu’est ce qui est important pour vous quand vous éditez un jeu ?
Le jeu doit être amusant pour les personnes avec des troubles cognitifs et pour leurs proches. C’est-à-dire qu’il faut que le jeu reste fun et que tout le monde autour de la table s’amuse. Il ne faut pas que ce soit un jeu où on laisse gagner la personne parce que c’est compliqué.
Je crois très fort depuis longtemps à l’intérêt du jeu de société en tant que média. Déjà, parce que dans ma vie privée, ça m’a apporté beaucoup de bonheur lors de soirée entre amis. C’est un loisir ultra positif et j’aimerais que tout le monde puisse en profiter, quelle que soit sa condition.
Quelle est l’importance d’un festival pour toi ?
La gamme Access+ est nouvelle, on n’a pas de concurrent direct et donc du coup, il faut qu’on arrive à se faire connaître. Nous sommes là également pour rencontrer le public, en effet, les gens qui viennent ne s’attendent pas forcément a à avoir Access+ et ne savent pas forcément ce qu’on est ou ce qu’on fait.
Cependant, ceux qui sont intéressés par les troubles cognitifs d’une manière ou d’une autre, que ce soit pro ou perso, s’arrêtent par curiosité. Je me rends compte par ces échanges, qu’il y a des neurologues, des professeurs des écoles qui découvrent un outil fait pour eux et qui vont pouvoir propager dans leurs structures. Nous sommes là pour les rencontrer et avoir leurs retours.
Par exemple, sur Cannes 2023, nous avons fait venir lors de la journée professionnelle les associations locales de personnes en situation de handicap. Ça a été un moment incroyable.

Quelles sont les difficultés que tu peux avoir lors d’une adaptation ?
La difficulté majeure, je dirais avec tout l’amour que je leur porte, c’est que les experts sont experts de la santé ou ils sont experts de l’éducation et des fois le côté jeu disparaît un peu parce qu’on sent qu’ils ont envie de mettre dedans, de l’académique. Il faut arriver à trouver un juste équilibre pour que cela reste un jeu amusant tout en étant un outil utile.
La deuxième, c’est que ce sont des publics qui sont parfois un peu difficiles. Je fais beaucoup de sessions de test avec eux, mais il y a des jours où ce n’est pas possible, car ils ne sont pas dans un bon esprit. On n’y va pour rien, ce n’est pas grave, mais ce sont des choses qui arrivent. Il faut le prendre en compte dans son planning parce que ça peut retarder un peu les choses.
Asmodée me laisse cette liberté pour bien travailler correctement sachant que l’objectif n’est pas le même. Le plus important pour nous, est que le jeu soit bien fait même si cela prend 6 mois ou 1 an de plus.
Sur le prochain jeu qui va sortir en juin, il y a environ 18 mois de travail.
Focus sur les jeux adaptés
Les jeux sont fait en France et sont en papiers recyclés FSC. Asmodée n’attend pas de faire de chiffre d’affaires pour rendre le jeu accessible. Une partie des bénéfices sont reversés à une association partenaire UNAFAM. C’est une association qui aide les personnes qui ont un proche avec une maladie cognitive.
DOBBLE ACCESS+
Avec ce jeu, nous allons travailler sur le traitement visuo-spatiale, la mémoire à court terme et la gestion des émotions. Les enfants gèrent le jeu en deux temps. En effet, au départ, ils donnent des réponses au hasard et ensuite, quand ils perdent, ils prennent plus le temps de la réflexion.
Il y a trois niveaux de difficultés avec des symboles de la même taille et dans le même sens :
- Niveau 1 : 4 symboles
- Niveau 2 : 5 symboles
- Niveau 3 : 6 symboles
Les cartes sont plus grandes, plus épaisses, plus faciles à manipuler et elles ne craignent pas. En effet, si les cartes s’abiment elles se remettront à leurs formes initiales. Les cartes peuvent être nettoyés avec une lingette désinfectante pour les collectivités et pour les personnes fragiles.



TIMELINE ACCESS+
Les jeux sont adaptés avec des critères précis pour que cela soit plus facile pour les personnes en situation de handicap. Cela peut être la taille des cartes, l’épaisseur et le fait qu’elles soient lavables.
Il y a deux thématiques proposées : inventions et vie quotidienne, mais aussi art et culture. Nous proposons une frise chronologique pour se repérer dans le temps. La différence avec le timeline classique est que chacun fais sa frise au lieu d’avoir une pose commune. Cela permet de pouvoir suivre plus facilement.
Nous avons pris les thématiques qui existaient déjà dans le jeu classique, mais nous avons rajouté un paquet de cartes spécifiques sur les événements de sa propre vie. Nous posons la frise chronologique sur le côté passé/présent/futur, le joueur tire une carte et il peut raconter soit un souvenir soit quelque chose du présent, soit une aspiration future. C’est un outil qui est pour les soignants et les aidants qui permet de délier le dialogue et de faire d’évoquer des sujets pas forcément toujours faciles.



CORTEX ACCESS+
Nous avons sélectionné les défis du jeu original les plus accessibles et les plus intéressants. Nous avons également gardé les cartes tactiles en agrandissant les cartes et en les épaississant. Elles sont plus faciles à reconnaître, même si une difficulté persiste.
Il y a deux niveaux de difficulté dans le jeu : facile et difficile. Dans la règle du jeu qui est plus grande, nous avons indiqué quel défi permet de solliciter quelles fonctions cognitives. Ça permet aussi d’orienter le travail si on a envie ou on mélange tout si on a envie de s’amuser. Une partie des experts avec qui j’ai travaillé font des témoignages en expliquant comment ils ont travaillé avec nous, pourquoi ils pensent que c’est intéressant et comment l’utiliser.



Un nouveau jeu sortira en juin 2024 !
Bonne découverte à tous, j’espère qu’elle vous a plu ! 🙂


